Grand Prix littéraire du Mémorial d'Ajaccio
 
FOUCHÉ MIS À NU PAR EMMANUEL DE WARESQUIEL  
 
Emmanuel de Waresquiel éclaire Fouché, l'homme de l'ombre. Il ne tente pas de sauver un des hommes les plus haïs de l'histoire de France, mais cherche à comprendre. Sa biographie est une symphonie. 
 
La biographie est un art délicat qu'il faudrait abandonner aux écrivains. Emmanuel de Waresquiel est certes historien, mais il est entré dans le cercle -restreint- des authentiques écrivains depuis qu'il a publié quelques beaux volumes où la littérature tient la dragée haute au simple rappel des faits. Avec son Fouché, il nous offre un magistral cadeau.  
 
Fouché est pourtant l'un des hommes les plus haïs de l'histoire de France. Résumons les faits. Révolutionnaire en 1789, prêtre défroqué, régicide, apôtre de la Terreur (il montra à Nantes et à Lyon ce que la cruauté peut imaginer quand la politique la rend légale), tombeur de son allié Robespierre, partisan de Bonaparte puis de Napoléon, traître, concussionnaire, arriviste, conspirateur, adepte du culte du secret...  
Fidèle à ses convictions républicaines 
 
Toutes les biographies qui lui furent consacrées sont à charge. Tout juste rappelle-t-on qu'il inventa la police sous sa forme moderne. Emmanuel de Waresquiel ne tente pas de sauver l'homme -comment ferait-il ?-, mais cherche à comprendre. Il raconte, dans une préface qu'il faudrait lire à tous les élèves de France, comment un historien écrit l'histoire : en vivant, en acceptant l'inattendu qui lui apporte ainsi la part de hasard bienheureux sans laquelle rien de grand ne peut être entrepris. Ainsi Waresquiel a-t-il découvert ce que les précédents biographes ignoraient. Certes, Fouché fut détesté, craint, subi. Certes, Fouché trahit et n'éprouva guère de remords. 
 
Au point que les romanciers, d'Honoré de Balzac à Alexandre Dumas, l'érigèrent en prototype de l'homme de l'ombre. Mais il resta fidèle à ses convictions républicaines. Coups tordus et manigances sont le quotidien de cet homme dont la seule véritable passion fut le renseignement. Son tour de force est sans doute d'être parvenu à entrer dans l'intimité des parents de ses anciennes victimes. Ce qui ne l'empêcha pas de trébucher.  
Waresquiel convoque les romans de Modiano, de Borges ou de Mac Orlan et retrace, à la première personne du singulier, le destin de celui qu'il nomme, à raison, la pieuvre. 
 
Une biographie ? Mieux : une symphonie. 
 
La chronique littéraire de François Busnel, publié le 18/12/2014